Lycéen brandissant une pancarte « avenir des lycéens » face à des policiers en tenue de maintien de l’ordre
Tribune

Condamner la violence sans démissionner de l’autorité

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« Cette jeunesse n’a rien dans la tête. » J’entends cette phrase depuis quelques jours sur les plateaux de télévision, et je la trouve à la fois injuste et trop facile. Injuste, parce qu’on ne peut pas résumer toute une génération aux images de violences que l’on voit défiler en boucle. Trop facile, parce qu’en accusant uniquement les jeunes, on évite de regarder la responsabilité des adultes.

Les violences doivent être condamnées sans ambiguïté. Brûler, casser, agresser, dégrader ne peut jamais devenir un mode d’expression acceptable. Comprendre une colère ne signifie pas l’excuser. Mais il faut aussi avoir le courage de poser une autre question : que transmettons-nous à cette génération ?

Depuis des années, on parle beaucoup de bienveillance, d’écoute, d’épanouissement, de protection. Tout cela est nécessaire. Mais à force de vouloir préserver les enfants de toute frustration, de toute contrainte et parfois de toute sanction, n’avons-nous pas aussi fragilisé le rapport à l’autorité ?

Un enfant, puis un adolescent, a besoin d’être écouté. Mais il a aussi besoin qu’on lui dise non. Il a besoin de savoir qu’un acte a des conséquences. Qu’on ne peut pas tout faire sous prétexte d’être en colère. Que la violence n’est jamais une réponse acceptable.

Et cette responsabilité ne repose pas uniquement sur l’école, la police ou l’État. Elle commence d’abord dans la famille.

Les parents ont eux aussi leur part de responsabilité. Être derrière ses enfants, ce n’est pas les défendre systématiquement quoi qu’ils fassent. Ce n’est pas chercher une excuse à chaque faute. C’est les accompagner, les écouter, mais aussi leur poser des limites et leur rappeler ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas.

On a parfois tellement voulu être dans la douceur avec cette génération que l’on a fini par confondre bienveillance et absence de cadre. Or l’éducation n’est pas seulement faite de compréhension. Elle est aussi faite d’exigence.

Dire cela ne signifie pas revenir à une éducation brutale ou autoritaire. Cela signifie simplement rappeler qu’aimer un enfant, c’est aussi lui apprendre la frustration, la responsabilité et le respect des règles.

La société, elle aussi, doit retrouver cet équilibre. Ne pas humilier les jeunes. Ne pas les caricaturer. Ne pas répéter qu’ils seraient « perdus » ou « stupides ». Mais ne pas non plus leur faire croire que tout est permis.

L’autorité véritable n’est ni la brutalité ni la complaisance. Elle consiste à écouter, à expliquer, à fixer des limites et à les faire respecter.

La fermeté sans dialogue produit de la colère. Mais le dialogue sans limites produit aussi ses propres dégâts.

Une société qui ne parle plus à sa jeunesse finit toujours par parler de sa jeunesse. Et une société qui n’ose plus lui dire non finit aussi par l’abandonner.

Sihem SouidCEO Edile Consulting